Livres et bibliothèques scientifiques dans les territoires occupés et annexés par l'Allemagne nationale-socialiste

Ort
Strasbourg
Veranstalter
Maison Interuniversitaire des Sciences de l'Homme d'Alsace (MISHA) Institut universitaire de France Université Marc Bloch-Strasbourg II
Datum
21.11.2008 - 22.11.2008
Von
Catherine Maurer

Le roman le plus contemporain, comme les Bienveillantes de Jonathan Littell, s’est emparé de la question du livre et des bibliothèques dans les territoires occupés par l’Allemagne nazie. Mais cette question est loin d’avoir été épuisée par la recherche scientifique, en particulier de langue française. Certes, du côté allemand, le « Groupe de travail de Wolfenbüttel pour l’histoire des bibliothèques » -Wolfenbütteler Arbeitskreis für Bibliotheksgeschichte- a publié à la fin des années 1980 et au début des années 1990 deux volumes d’articles sur l’histoire des bibliothèques, générales comme scientifiques, sous le national-socialisme avec quatre articles concernant les différentes zones d’occupation. En 1989, Hans-Gerd Happel a proposé une synthèse sur l’histoire des bibliothèques scientifiques, en particulier des bibliothèques universitaires, mais uniquement sur le territoire du « vieux Reich ». Et ce n’est que tout récemment, en mars 2008, qu’un colloque a été organisé sur le thème des bibliothèques, notamment universitaires, sous le nazisme par la bibliothèque universitaire de Vienne. Du côté français, une table ronde organisée par l’Institut d’Histoire du Temps Présent en 1987 sur « la vie culturelle sous Vichy » abordait dans une contribution le thème de la lecture publique en France entre 1940 et 1945. Depuis, il n’y a pratiquement pas eu d’études plus approfondies sur ces questions, en particulier sur les bibliothèques scientifiques. Des fonds d’archives restent donc inexploités, de même que des collections d’ouvrages imprimés. C’est le cas de l’ensemble d’ouvrages de la période 1933-1945 dit « fonds nazi », déposé après 1945 dans les bibliothèques de l’université Marc Bloch et à la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg sans avoir été ni inventorié, ni catalogué, et donc relégué dans une sorte d’ « enfer » non identifié. Ce fonds de plusieurs milliers d’ouvrages est actuellement en cours de valorisation grâce à la réalisation d’un inventaire raisonné et d’une base de données bibliographiques.

Pour les animatrices du programme « Circulations, itinéraires, réseaux : les processus de construction spatiale dans les mondes germaniques de la Réforme à la fin des années 1990 » financé par la MISHA, notamment Monique Mombert et Catherine Maurer, c’est cette mise en valeur qui a été le point de départ d’une réflexion plus approfondie sur le livre et les bibliothèques scientifiques, dans le contexte particulier des territoires occupés et annexés par l’Allemagne nationale-socialiste. Dans le cas de l’Alsace en effet, le sujet n’a été qu’effleuré à propos des bibliothèques des instituts de la Reichsuniversität fondée en 1941 et de l’Universitäts- und Landesbibliothek. Et il était indispensable que le cas alsacien soit replacé dans l’environnement plus large des différentes zones d’occupation et/ou d’annexion, comme y invitaient les articles déjà mentionnés remontant à une quinzaine d’années et les communications plus récentes du colloque viennois. Notre objectif était donc de proposer une interrogation collective, prenant notamment la forme de journées d’études.

Celles-ci peuvent s’articuler autour des thèmes suivants : la politique menée par les autorités allemandes est-elle identique en Allemagne stricto sensu et dans les territoires occupés ou bien change-t-elle en fonction du statut de la zone dans laquelle elle s’exerce ? Les pratiques des acteurs en matière de livre et de bibliothèques scientifiques sont-elles les mêmes d’un territoire à l’autre ou au contraire divergent-elles ? Plus largement, confrontées à de fortes pressions idéologiques, les bibliothèques peuvent-elles continuer à remplir leur rôle dans le développement de la connaissance scientifique ? Pour fournir des éléments de réponse à ces questions, il est indispensable de s’intéresser aux mesures prises par le nouveau pouvoir à l’égard des collections existantes (conservation, relégation, destruction...) mais aussi aux politiques d’acquisition, actuellement au premier plan des préoccupations de la recherche (achats légaux ou illégaux, confiscations, pillages...). L’histoire des personnes qui animent les bibliothèques doit également être mobilisée. En contrepoint, le cas des bibliothèques non scientifiques pourra aussi être pris en compte, en particulier en Alsace-Moselle. Enfin, le devenir des collections rassemblées dans ce contexte très spécifique de l’Etat totalitaire et expansionniste devra être évoqué, notamment pour la période immédiatement postérieure à 1945, dans le contexte de dénazification des bibliothèques. Nous espérons ainsi apporter notre contribution à une meilleure compréhension de la place du livre et des bibliothèques scientifiques dans les stratégies de conquête culturelle du « IIIe Reich » et dans la tentative de constitution de savoirs à l’ombre du totalitarisme.

Programm

Vendredi 21 novembre
9h15-9h30 Ouverture du colloque par Mme Christine Maillard, directrice de la Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme d’Alsace
9h30-10h Présentation de l’origine et des objectifs des journées d’études par Catherine Maurer (université Marc Bloch et IUF)

Cadres et responsables de la politique nationale-socialiste à l’égard des bibliothèques en zone occupée
Présidence de séance : Pierre Ayçoberry (université Marc Bloch)
10h-10h30 Sem Sutter (University of Chicago Library), H. A. Krüss: National Socialist Kommissar and Compromised Internationalist
10h30-11h Pause
11h-11h30 Martine Poulain (Institut national d’histoire de l’art, Paris), Surveiller et détruire. La domination nazie sur les bibliothèques françaises, une réalité polymorphe
11h30-12h Cornelia Briel (Staatsbibliothek zu Berlin et Max-Planck Institut zur Erforschung multireligiöser und multiethnischer Gesellschaften, Göttingen), Hermann Fuchs’ Erwerbungen für die Preußische Staatsbibliothek und die Reichstauschstelle in Paris 1941 bis 1944
12h-12h30 Discussion
12h30-14h30 Pause déjeuner
Présidence de séance : Norbert Schappacher (université Louis Pasteur, Strasbourg)
14h30-15h Werner Schroeder (Oldenbourg), « Dürfte die Überführung dieser Buchbestände keine Komplikationen mit der Rosenberg Dienststelle nach sich ziehen ». Das RSHA und der ERR im Kampf um die wissenschaftlichen Bibliotheken in Elsass-Lothringen und in Belgien zwischen 1940 und 1942

A l’ouest et à l’est, quelques terrains d’application
15h-15h30 Peter Malina (Vienne), Keine « Insel der Glückseligkeit » : Erwerbungen aus der NS-Zeit an der Universitätsbibliothek Wien
15h30-16h Katharina Bergmann (Universität Graz), Universitätsbibliothek Graz 1938-1945: Bibliotheksgeschichte und Provenienzforschung. Ein Forschungsstandbericht
16h-16h30 Discussion
16h30-17h Pause
17h-17h30 Andrzej Mężyński (université de Varsovie), Les collections du musée Frédéric Chopin de Lyon acquises par le Generalgouvernement de Pologne en 1942. Une surprenante transaction
17h30-18h Discussion

Samedi 22 novembre
Présidence de séance : Christian Baechler (université Marc Bloch)
9h30-10h Wolfgang Freund (Universität des Saarlandes, Sarrebrück), Eine Raubbibliothek in der de facto Annexion der Moselle: Die Westraumbibliothek in Metz 1940–1944

Le cas alsacien
10h-10h30 Peter Borchardt (Zentral- und Landesbibliothek, Berlin), Die Universitäts- und Landesbibliothek Straßburg zwischen 1939 und 1945
10h30-11h Discussion
11h-11h30 Pause
11h30-12h Matthieu Funtsch (université Marc Bloch, Strasbourg), Albert Schmitt – Morand Claden - (1895-1965) et les bibliothèques scientifiques alsaciennes
12h-12h30 Norbert Schappacher (université Louis Pasteur, Strasbourg), L'improbable enrichissement d'une bibliothèque scientifique à Strasbourg au milieu de la Seconde Guerre mondiale : le cas de la bibliothèque de mathématique
12h30-13h Discussion
13h-14h30 Pause déjeuner

Présidence de séance : Monique Mombert (université Marc Bloch)
14h30-15h Anne Jacquemin et Eckhard Wirbelauer (université Marc Bloch, Strasbourg), Les fonds documentaires du Großseminar für Frühgeschichte und Altertumskunde de la Reichsuniversität de Strasbourg 1941–1944/45
15h-15h30 Thomas Mohnike (université Marc Bloch, Strasbourg), Mutterkult und Männerbund. Die Bibliothek der « Abteilung Germanenkunde und Skandinavistik » der Reichsuniversität Strassburg (1941-44) und die Auseinandersetzung um das Germanische im
Nationalsozialismus
15h30-16h Discussion
16h-16h30 Conclusions des journées d’études par Monique Mombert et Catherine Maurer (université Marc Bloch, Strasbourg)

Kontakt

Catherine Maurer

Université Marc Bloch-Strasbourg II

00 33 3 88 84 47 30

catherinemaurer@orange.fr

Zitation
Livres et bibliothèques scientifiques dans les territoires occupés et annexés par l'Allemagne nationale-socialiste, 21.11.2008 – 22.11.2008 Strasbourg, in: H-Soz-Kult, 11.11.2008, <www.hsozkult.de/event/id/termine-10406>.
Redaktion
Veröffentlicht am
11.11.2008