Commerce et dévotions (XVe-XVIIIe siècles)

Commerce et dévotions (XVe-XVIIIe siècles)

Veranstalter
SHADYC (CNRS-EHESS, Marseille), TELEMME-MMSH (Université de Provence), CARE (EHESS, Paris), RESEA (LARHRA), Centre de recherches historiques (Université de Nancy2)
Ort
Marseille
Land
France
Vom - Bis
14.09.2007 - 15.09.2007
Deadline
15.11.2006
Von
Albrecht Burkardt

Problématique envisagée :
Le colloque cherche à élucider les rapports qu’entretiennent, à l’époque moderne, activités commerçantes (et plus généralement « économiques ») et pratiques dévotionnelles. Or il s’agit là de deux sphères volontiers séparées, avec en arrière-plan, des perceptions d’incompatibilité (voire des aversions) traditionnelles qui n’ont pas épargné l’historiographie. Si l’histoire économique et sociale a longtemps défendu la perspective d’une évolution autonome de ses champs d’analyse par rapport à toute « superstructure » culturelle ou religieuse, il n’en allait guère autrement, en sens inverse, dans le domaine de l’histoire des pratiques religieuses et des spiritualités, les tentatives de fonder les expressions religieuses sur les motifs sociaux provoquant régulièrement les accusations de réductionnisme, alors que seul le « désintéressement » (économico-social) semblait garantir la « pureté » des gestes étudiés. Si ce dernier point de vue semble bien être l’héritier des controverses confessionnelles (idéologiques ou disciplinaires), il est encore symptomatique que les quelques recherches menées tout de même à la croisée des deux champs aient trouvé leur épicentre, ou en tout cas leur point de départ, dans la critique de ces pratiques contredisant le plus clairement une telle pureté (en l’occurrence le commerce des indulgences à la veille de la Réforme), que ces études, à partir de là, aient exploré en aval la « naissance du purgatoire » ou la « comptabilité de l’au-delà » du bas Moyen Age etc., ou qu’elles aient cherché à mieux connaître, en amont, les articulations (ou les variantes) d’une « éthique protestante » fort critique vis-à-vis de dévotions inutiles en termes de salut et « contre-productives » au regard des intérêts économiques. Il est vrai que nombre de ces études s’étaient déjà inspirées des courants historiographiques qui, depuis la fin des années 70, telle la « nouvelle histoire » en France, ont nettement relativisé les anciens antagonismes, posant qu’une histoire culturelle des domaines socio-économiques était tout aussi nécessaire pour faire avancer la compréhension des sociétés du passé que l’histoire sociale des phénomènes culturels. Toujours est-il que, dans le domaine qui nous intéresse de près, les recherches ne sont guère allées au-delà des quelques tendances évoquées. Et pourtant il est évident que, dans les sociétés d’Ancien Régime, les dévotions ont constitué un facteur économique d’importance, mais dont le poids précis (qui peut aussi s’articuler en termes de blocage des activités économiques) reste autant à mesurer de façon différenciée que la trop célèbre question d’une éthique religieuse propre aux exigences « capitalistes » et « commerciales » attend toujours d’être précisée. Quels sont les apports des agents de l’échange au fonctionnement économique des différents cultes et pratiques de dévotion ? Que se passe-t-il lorsque celles-ci entrent en conflit avec les intérêts économiques ? Comment décrire les formes de dévotion que cultivent les acteurs de l’échange eux-mêmes ? C’est autour de ces trois axes que le colloque se propose d’organiser ses interrogations.

- L’économie des dévotions. De façon générale, il s’agirait d’explorer ici la « vie » économique des pratiques de dévotion et en particulier le soutien que leur apportent les agents de l’échange, qu’il s’agisse de dévotions « ordinaires » (se pratiquant partout) ou « extraordinaires », comme les grands pèlerinages. Dans ce dernier registre, un point de départ pourrait être l’exemple des villes sanctuaires où le culte en question, tel à Lorette ou à Santiago, faisait vivre, probablement, une bonne partie de la population autochtone (mais dont le poids réel reste à mesurer). A partir de là, il faudrait accorder une attention particulière à l’analyse du commerce, « annexe », des objets de dévotion, qu’il s’agisse d’images, de livres de piété, voire de reliques ou d’indulgences, qu’il s’agisse de pratiques licites ou illicites (« impostures », diffusion de « superstitions », contrebande ou commerce de livres prohibés), commerces qui, naturellement, existaient souvent de façon autonome, sans être liés à un (lieu de) culte particulier. Serait enfin à considérer, en contrepartie de « l’offre » (dévotionnelle), la perspective des « consommateurs », à commencer par l’économie du pèlerin.
A côté des cultes « extraordinaires », l’économie des cultes ordinaires est tout aussi digne d’attention, et là encore en particulier quant aux rapports avec le monde du commerce. A commencer par l’approvisionnement que celui-ci procure en toute sorte de matériaux nécessaires pour l’exercice de ces cultes, qu’il s’agisse du vin de messe ou des vêtements liturgiques. Approvisionnements dont les techniques paraissent particulièrement intéressantes là où elles passent par des voies clandestines, comme dans le cas de minorités religieuses et de cultes interdits, ou dès lors que ces commerces ne peuvent se faire qu’en passant par des intermédiaires adhérant à d’autres confessions ou religions.
- Dévotions et commerce : coexistence, conflits, accommodements. Si dans ce dernier domaine, il y a interaction entre le monde de l’échange et celui des cultes, à bien d’autres occasions les deux secteurs semblent caractérisés par une coexistence qui n’équivaut pas toujours à l’entente fraternelle ; des tensions, voire des conflits ouverts, se produisent souvent, les pratiques du négoce transgressant facilement les normes dévotionnelles, les exigences spirituelles bloquant les activités commerciales. Naturellement, ce genre de conflits sous-tend le face à face entre négociants et cultures religieuses des pays qu’ils parcourent (dès que la religion ou la confession des premiers n’est pas la leur) ; des problèmes analogues se poseront sans doute dans les régions (ou les villes) de confession mixte. Mais ceux-ci se rencontrent également au sein de « monocultures » religieuses, tel le catholicisme post-tridentin. Pensons ici par exemple aux confrontations quant au partage de l’espace et à la « gestion » du temps. Il va de soi, en effet, que dans les deux domaines intérêts économiques et conceptions religieuses ne sont pas toujours faciles à concilier : dans les villes, la présence des marchés, par exemple, avec le bruit qu’ils produisent, avec les tavernes qui ne sont jamais éloignées, n’est pas sans déranger la « dignité » des églises et des communautés religieuses situées à proximité et la « décence » du culte qui s’y déroule, ce en tout cas selon les normes (en particulier la valeur accordée au silence et au recueillement des fidèles) émises par le Concile de Trente. Des conflits analogues concernent le respect des temps forts religieux – le dimanche, jours de fête, période de Carême etc. – la « logique » marchande s’y adaptant difficilement, de même que le goût des consommateurs : le peuple n’a-t-il pas droit à son « pain quotidien », y compris le dimanche (lorsque les boulangers se trouvent, en principe, contraints de fermer leur boutique) ? Ce dernier exemple indique toutefois que, dans ce genre de conflits, et en temps « normal », les tensions ne sont pas sans accommodements ; accommodements qu’il vaut la peine d’étudier tout autant que les antagonismes qui les font naître.
- Les dévotions des acteurs de l’échange. Si les conflits évoqués ne se confondent pas nécessairement avec un antagonisme des acteurs sur le plan des appartenances religieuses, il reste toutefois à savoir dans quelle mesure et comment le monde des affaires a pu se forger des formes de piété spécifiques, qu’il s’agisse de gestes en apparence anodins (« donner le denier à Dieu ») ou d’orientations spirituelles marquées (sans exclure la manifestation d’autres attitudes peut-être mieux adaptées à la circulation entre les frontières religieuses, qu’elles soient de nature « nicodémite », « irénique » ou qu’elles laissent transparaître une simple indifférence). Ce questionnement mérite d’être aussi posé en sens inverse. Au-delà d’un retour aux postulats d’une « éthique protestante » adaptée aux exigences du commerce, il s’agirait de se demander si (ou plutôt dans quelles circonstances) les différentes orientations religieuses, à l’intérieur même d’une seule confession, peuvent engendrer des attitudes plus ou moins favorables au commerce, y compris chez les « professionnels » de la vie religieuse.

Le colloque envisagé entend examiner ces questions dans un cadre géographique et chronologique assez large : si les pays méditerranéens constitueront un terrain d’études privilégié, des contributions concernant l’Europe septentrionale sont tout aussi souhaitables, ceci dans une perspective couvrant toute l’époque moderne, depuis la fin du Moyen Age jusqu'au XVIIIe siècle, et visant l’ensemble des confessions, de même que, en dehors du christianisme, d’autres religions, tel le judaïsme ou l’islam. Le colloque se veut interdisciplinaire, sociologues, anthropologues et d’autres chercheurs en sciences sociales étant les bienvenus, que leurs contributions concernent l’histoire des concepts ou des approches comparatives.
Les chercheurs intéressés par une communication sont priés de bien vouloir envoyer leur proposition, par courrier électronique, jusqu’au 15 novembre 2006 à l’un des membres du comité d’organisation:

Jean Boutier (SHADYC ; boutier@ehess.univ-mrs.fr),
Albrecht Burkardt (SHADYC, responsable ; Albrecht.Burkardt@univ-lyon2.fr),
Jacques Cheyronnaud (SHADYC ; jacques.cheyronnaud@univmed.fr),
Michelle Janin-Thivos (TELEMME ; Micjan@wanadoo.fr),
Dominique Julia (CARE ; dominique.julia@laposte.net),
Yves Krumenacker (LARHRA-RESEA ; yves.krumenacker@wanadoo.fr),
Anne Montenach (TELEMME ; montenach.anne@wanadoo.fr)

Programm

Kontakt

Albrecht Burkardt

SHADYC (UMR 8562 CNRS-EHESS)
Centre de la Vieille Charité, Marseille

Albrecht.Burkardt@univ-lyon2.fr