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Titel
German Orientalism. The Study of the Middle East and Islam from 1800 to 1945


Autor(en)
Wokoeck, Ursula
Erschienen
London 2009: Routledge
Umfang
352 S.
Preis
£ 75,00
Rezensiert für 'Connections' und H-Soz-Kult von:
Michel Espagne, Centre National de la Recherche Scientifique, Paris

Dans une histoire des sciences humaines en pleine expansion l’histoire des études orientales rencontre un grand intérêt. Les travaux récents de Sabine Mangold sur l’orientalisme au XIXe siècle, de Ludmila Hanisch, sur le Moyen-orient au XXe siècle, de Pascale Rabault-Feuerhahn sur l’histoire de l’indianisme en Allemagne, de Suzanne Marchand sur l’orientalisme à l’époque de l’Empire allemand suffisent à signaler l’engouement pour un champ de recherche qui permet de contextualiser l’eurocentrisme de la philologie ou des sciences humaines universitaires. Lancé à l’origine par E. Said ce type d’investigation s’est en tous cas progressivement éloigné de la question des projections colonialistes de l’orientalisme. Dans de longs chapitres introductifs Ursula Wokoeck fait un bilan approfondi des travaux antérieurs, insistant notamment sur le livre de Johann Fück consacré aux études arabes en Europe, et engage une réflexion sur les conditions de travail dans les universités allemandes depuis le début du XIXe siècle. L’auteur accorde très justement une grande importance à la frontière entre l’Université et les savoirs extra-universitaires pour déterminer le devenir d’une discipline. Pour les chercheurs orientalistes qui ne disposaient pas de grands chantiers de recherche comparables à l’édition des Monumenta Germaniae Historica en histoire l’université représentait un cadre de recherche longtemps exclusif.

Si l’évocation du cadre général de l’Université allemande n’apporte pas de nouveautés véritables, le chapitre consacré aux écrits sur le Moyen Orient et l’Islam produits entre 1850 et 1950 et sur leurs auteurs fournit des statistiques extrêmement précises éclairant l’objet même de l’orientalisme. On découvre par exemple que les recherches sur l’arabe et sur l’Islam durant un siècle n’ont jamais représenté la moitié des travaux consacrés en langue allemande au Moyen 0rient. On découvre la productivité relative des protagonistes de l’orientalisme dans le décompte de leurs publications. Dans le chapitre consacré à l’établissement de l’orientalisme moderne (26 nouvelles chaires apparaissent dans 16 universités durant la première moitié du siècle), Ursula Wokoeck, qui insiste sur l’importance inchangée de la théologie, relativise un peu l’influence de l’arabisant parisien Silvestre de Sacy, dont tant d’orientalistes allemands ont suivi les cours, et de son orientalisme sécularisé. Elle retrace autour du destin de l’Autrichien Hammer Purgstall et de la orientalische Akademie l’évolution d’un orientalisme autrichien en marge de l’institution universitaire.

Le lien d’une philologie qui se différencie, avec le néohumanisme philhellène ou le développement des études sanscrites profitant de la linguistique comparée, et de l’orientalisme fait l’objet d’une analyse qui explique l’émergence de nouvelles curiosités. Le déplacement des accents du latin au grec impliquait déjà une pluralité de champs de recherche possibles. Les chapitres suivants abordent les complexités d’un processus de différenciation qui s’étend sur toute la seconde partie du XIXe siècle. La distinction de l’orientalisme théologique et non biblique se fait d’abord au bénéfice du sanscrit. L’apparition de bibliothèques spécialisées ménage la possibilité de carrières spécifiques pour les orientalistes. La situation reste néanmoins si fragile que la Deutsche Morgenländische Gesellschaft continue à cultiver les relations avec les théologiens.

Une autre phase de différenciation de l’orientalisme est liée en Allemagne à l’apparition de l’assyriologie qui commence avec l’habilitation de Friedrich Delitzsch en 1874 à Leipzig et bénéficie des découvertes archéologiques en Mésopotamie. Pourtant le Seminar für orientalische Sprache qui s’ouvre à Berlin en 1887, sanctionnant une professionnalisation des carrières diplomatiques au Moyen Orient et faisant pendant à la orientalische Akademie de Vienne reste une institution para-universitaire. Les études islamiques constituent dans le processus de différenciation une nouvelle sous-discipline qui va se développer sans ancrage territorial évident en parallèle avec les chaires d’histoire religieuse que l’on voit par exemple fleurir à la Ve section de l’Ecole des hautes études à Paris.

Enfin au cours d’une dernière période qui commence dans les années 1830 les facteurs politiques vont prendre le pas sur toute autre considération dans les études orientales consacrées au Moyen Orient. Ursula Wokoeck observe que le regard porté sur l’actualité immédiate n’a pas modifié en profondeur les études arabes et que l’Allemagne nazie, malgré des tentatives d’instrumentalisation de populations musulmanes, n’a pas eu de politique particulièrement cohérente en matière d’études orientales.

Le parcours proposé par l’auteur est tout à fait intéressant car il repose sur une tentative de problématiser une abondante littérature préexistante en la soumettant à une analyse permanente, en nuançant ou complétant, de manière qu’on trouvera parfois un peu trop critique, les positions de L. Hanisch ou de S. Mangold ou de S. Marchand ou d’autres auteurs encore. Le livre correspond à la tentative d’ouvrir un débat sur les questions centrales de l’histoire des études orientales (différenciation progressive, arrière pensées coloniales, lien à la philologie, rôle des bibliothèques, poids du facteur religieux plutôt qu’à une énumération de conclusions). La catégorie fondamentale servant de fil directeur, celle de la différenciation, introduite par R. Stichweh dans l’histoire de la physique, se révèle pertinente pour aborder l’historiographie de l’orientalisme. Les tableaux des publications et surtout la chronologie précise des chaires et de leurs occupants fournissent des informations de base tout à fait essentielles. On a affaire à une contribution très utile à l’étude de l’orientalisme allemand et qui par sa dimension de critique interne révèle le degré de maturité maintenant atteint par ce type d’histoire disciplinaire.

Zitation
Michel Espagne: Rezension zu: : German Orientalism. The Study of the Middle East and Islam from 1800 to 1945. London  2009 , in: Connections. A Journal for Historians and Area Specialists, 03.12.2009, <www.connections.clio-online.net/publicationreview/id/rezbuecher-12858>.
Redaktion
Veröffentlicht am
03.12.2009
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Diese Rezension entstand im Rahmen des Fachforums 'Connections'. http://www.connections.clio-online.net/
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