C. Humair u.a. (Hrsg.): Le tourisme suisse

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Titel
Le tourisme suisse et son rayonnement international. “Switzerland, the playground of the world”


Herausgeber
Humair, Cédric; Tissot, Laurent
Reihe
Histoire et sociétés contemporaines
Erschienen
Lausanne 2011: Editions Antipodes
Anzahl Seiten
222 S.
Preis
€ 23,00
Rezensiert für H-Soz-Kult von
Béatrice Veyrassat, Universität Genf

En un peu plus d’une vingtaine d’années, l’histoire du tourisme a acquis droit de cité dans l’historiographie des évolutions socio-économiques et culturelles des nations industrialisées. La Suisse n’est pas demeurée à l’écart de ce courant grossissant de recherches : un article de Laurent Tissot, publié dans la revue Traverse en 2010, proposait un état des lieux de ce champ d’investigation.[1] La présente publication ouvre des pistes de recherche nouvelles, négligées jusqu’ici : le tourisme comme vecteur d’innovation et de modernisation des régions visitées en Suisse, restées généralement en marge du processus d’industrialisation.

Les huit contributions de ce volume collectif explorent avec talent et une grande rigueur analytique les dimensions techniques de l’offre touristique au niveau régional – l’Arc lémanique, un des principaux pôles touristiques de la Suisse avec les Alpes –, ainsi que les modes de diffusion d’un imaginaire susceptible d’influencer les touristes. Quant à la dimension internationale, forcément présente dans chacun des articles, l’industrie touristique étant définie ici comme l’ « industrie des étrangers » (Fremdenindustrie), elle apparaît plus directement dans l’étude de Françoise Breuillaud-Sottas sur la construction du thermalisme à Evian, sur la rive française du Léman, par des capitaux genevois (1826-1881), et dans celle de Marc Gigase sur l’installation au Mont Salève, près de Genève, de la première crémaillère électrique d’Europe (1890-1914), une tentative – avortée – d’exporter à l’étranger le modèle touristique suisse de la Belle Epoque, à savoir la combinaison entre infrastructures de transport, hôtellerie de luxe et offre de divertissement. Toujours dans une perspective internationale, Laurent Tissot évoque dans ses considérations conclusives sur le « modèle suisse » sa fonction de référence et son appropriation ailleurs dans le monde ; mais il rappelle aussi les influences croisées qui l’ont inspiré, anglo-saxonne (le progrès technique au service du confort des clients) et française (l’imprégnation de la vie de palace par un cérémonial de cour) ou qui ont contribué à le transformer (l’influence américaine).

L’histoire du tourisme se situe toujours à l’intersection d’autres histoires : histoire des transports bien évidemment, histoire des techniques et de l’innovation ou, de manière plus inattendue ici, histoire diplomatique et histoire de la médecine. Chacune des études s’attache à montrer la complexité des paramètres qui configurent le système touristique : paramètres économiques, technologiques, socio-culturels, institutionnels, politiques et symboliques.

Le chapitre « Tourisme et modernité technique » réunit trois études : celle de Julie Lapointe Guigoz sur les ascenseurs (notamment hydrauliques), ces outils de confort, de rentabilité et de prestige qui investissent les grands établissements hôteliers de l’Arc lémanique dès 1867; celle de Stefano Sulmoni sur les synergies entre développement touristique et modernisation technologique de la navigation à vapeur, notamment l’électrification des bateaux sur le lac Léman (1873 et 1914); une troisième enfin, de Florian Kissling, sur les interactions entre une nouvelle technologie, les rayons X, et le développement du tourisme médical vaudois, entre intervenants économiques et médecins-entrepreneurs (1896-1920).

Un autre chapitre, consacré à la création, à la diffusion et à l’instrumentalisation d’un imaginaire touristique, aborde au travers d’une étude de Mathieu Narindal les conflits d’intérêt entre acteurs de l’industrie touristique et adversaires des jeux de hasard qui s’implantent dans casinos et kursaals, une distraction étroitement liée au tourisme (1884-1914); le rôle de la Confédération suisse et de son réseau diplomatique (Roberto Garavaglia), ainsi que de la Société suisse de radiodiffusion (Raphaëlle Ruppen Coutaz) dans la promotion touristique suisse à l’étranger, des années 1930, celles de la crise économique, à l’après-Seconde Guerre mondiale.

Dépassant le cadre spatial et temporel des articles du recueil, l’introduction volumineuse, solidement documentée et très utile de Cédric Humair commence par un tour d’horizon diachronique, historiographique et analytique sur les dynamiques de la demande et les conditions liées à l’offre de voyage dans la naissance du tourisme et sa progressive industrialisation, pour déterminer ensuite les ingrédients de la « success story » d’un modèle spécifiquement suisse. Il propose également une synthèse des recherches menées jusqu’ici – de leurs lacunes et des difficultés méthodologiques inhérentes au sujet – sur le rôle des capitaux suisses dans le développement du tourisme à l’étranger (investissements hôteliers et dans les chemins de fer de montagne), sur le rayonnement international du savoir-faire helvétique, enfin sur l’impact socioéconomique en Suisse des activités liées au tourisme.

Notes:
[1] Laurent Tissot, D’une Suisse aimée à la Suisse aimante. Tourisme, transport et mobilité dans l’historiographie économique de la Suisse aux 19e et 20e siècles, in: traverse. Zeitschrift für Geschichte (2010/1), S. 156-170.

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Veröffentlicht am
31.05.2012
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